Il existe un million de malades psychotiques dans le pays
Il existe un
million de malades psychotiques dans le pays
La
solitude des 40 000 autistes algériens
Aller
au-devant de l’univers muré de l’autisme… Tâche bien difficile à laquelle se
consacre le professeur Mahmoud Ould Taleb depuis plus d’une dizaine d’années.
Chef de service C de la clinique de pédopsychiatrie de Kouba, à Alger, il œuvre
avec les moyens rudimentaires dont il dispose à « vaincre » cette
pathologie qui n’est nullement une fatalité. Assis derrière son bureau, après
une journée chargée, il précise d’emblée que cette maladie, très méconnue du
grand public en Algérie, n’est pas incurable.
Cela bien sûr si
l’Etat met les moyens matériel et humain indispensables à sa prise en charge en
temps réel. A l’heure actuelle, selon les estimations du professeur, il y a un
million de personnes en Algérie souffrant d’un handicap mental dont 40 000
(enfants, adolescents et adultes) sont autistes. Pour leur prise en charge, il
y a seulement trois centres à travers le territoire national. Le plus important
est celui géré par le professeur Ould Taleb. Il y en a un autre à Chéraga et un
troisième à Blida. Les malades, qui viennent, parcourent parfois des milliers
de kilomètres pour une simple consultation chez un pédopsychiatre. Et souvent,
lorsque l’on diagnostique la maladie chez l’enfant, on ne lui trouve pas de
place au niveau de ces trois centres complètement saturés. « Il y a des
malades inscrits sur les listes d’attente depuis près de deux ans. Leur trouver
une place devient pratiquement impossible », souligne-t-il. La prise en
charge des autistes est de longue durée. Elle se situe entre trois et six ans.
Cet appel de détresse d’un parent d’un malade illustre encore mieux ce manque
de structures d’accueil et de prise en charge : « J’ai un neveu âgé
de deux ans, mais qui ne parle toujours pas, ma sœur l’a emmené chez un
orthophoniste qui lui a dit que l’enfant présente peut-être des symptômes
d’autisme. Il l’a donc orienté vers un pédopsychologue capable diagnostiquer
cette maladie. Mais elle ne trouve pas de pédopsychologues à Alger ?
Quelqu’un peut-il me donner une adresse ?
Quelqu’un sait-il
où sont traités les enfants autistes en Algérie ? » Le service, que
le professeur Ould Taleb dirige, affiche complet. Il dispose de 60 places.
Depuis des années, le professeur ne cesse d’interpeller les pouvoirs publics
quant à l’urgence de construire de nouvelles infrastructures afin de mieux
prendre en charge les milliers de malades. Outre les établissements de prise en
charge, il relève le déficit en personnel qualifié (médecins, pédopsychiatres,
infirmiers…). Cela est dû, à ses yeux, à une sorte de carence institutionnelle,
qui fait qu’aujourd’hui, le système de prise en charge de la santé mentale des
Algériens est complètement « défectueux ». « Nous ne disposons
pas de structures ou d’instances au niveau des départements ministériels qui
réfléchissent aux problèmes de la santé mentale. Face à cette indifférence, les
parents désemparés se rabattent sur les associations des autistes qui ne
disposent d’aucun savoir-faire en la matière », souligne-t-il, avec
regret. Il affirme ainsi qu’il n’existe aucun centre polyhandicapé pour une
prise en charge à long terme indispensable pour assurer leur intégration dans
l’environnement social. Revenant sur la nature complexe et compliquée de
l’autisme, qui est dû à plusieurs facteurs environnementaux, viraux, génétiques
et biologiques comme par exemple la complication d’une grossesse, M. Ould
Taleb estime que faire face à cette maladie nécessite une « politique
globale et un travail commun entre les ministères de la Santé, de la Solidarité
ainsi que celui du Travail ». Le professeur évoque également la
défaillance du système scolaire en la matière. Contrairement à d’autres pays
plus avancés, le professeur précise qu’il n’y a pas d’écoles spécialisées
pouvant accueillir les enfants autistes pour les instruire. Pour lui, la prise
en charge de la santé mentale des Algériens doit se baser sur une
conceptualisation à l’échelle nationale. Il faudrait aussi former des médecins
spécialistes, des pédopsychiatres et lancer des programmes de sensibilisation
et de prévention. M. Ould Taleb souligne que la prise en charge de
l’enfant autiste, pour qu’elle soit utile et efficace, doit intervenir à un âge
précoce. Surtout que maintenant il est possible de diagnostiquer la maladie
chez l’enfant dès l’âge de trois ans. « La maladie est reconnue dès l’âge
de 18 mois, mais elle ne peut être affirmée avec certitude qu’à l’âge de 3
ans », atteste-t-il, avant de souligner que les soins deviennent presque
impossibles à partir de 16 ans. Autrement dit, l’autisme nécessite une prise en
charge « institutionnelle » précoce et à long terme.
Le professeur
poursuit son constat critique, regrettant l’absence, en Algérie, de plan pour
la santé mentale infanto-juvénile. Cela est, à ses yeux,
« inconcevable » d’autant plus que 70% de la population algérienne
sont des jeunes. Un tel plan est, pour lui, indispensable dans le sens où cela
permettra de définir les besoins en la matière et de dégager les moyens humain
et financier nécessaires pour combler l’énorme retard et se préparer pour
l’avenir. Outre l’autisme, le professeur Ould Taleb veut qu’il y ait également
la prise en charge des toxicomanes qui sont nombreux, des candidats au suicide
et de toutes sortes de comportements déviants chez les adolescents. Un segment
important de la pédopsychiatrie qu’il faut aussi développer en Algérie. Ainsi
donc, il tire la sonnette d’alarme et interpelle les gouvernants afin de se
pencher sérieusement sur ce volet relevant aussi de la santé publique et qui
demeure marginalisé.
Par
Source :
http://www.elwatan.com