La fréquence du cancer de l'estomac est en diminution dans notre pays, résultat de nos évolutions alimentaires et de l'amélioration des techniques de dépistage. Attention toutefois, les premiers symptômes d'un cancer de l'estomac restent discrets et peu spécifiques. La consigne est donc de consulter rapidement au moindre doute. Quels sont les symptômes du cancer de l'estomac ? A un stade précoce, le cancer de l'estomac peut provoquer des indigestions, une gêne abdominale, une sensation de ballonnements après avoir mangé, de légères nausées, une perte d'appétit et des brûlures d'estomac. Mais globalement, ces symptômes ressemblent à ceux d'autres pathologies de l'appareil digestif. Peu importe qu'ils ne soient pas vraiment spécifiques au cancer de l'estomac, ils doivent amener à consulter. Aujourd'hui encore, le retard de diagnostic est estimé à un an après les premiers signes cliniques… En revanche, aux stades plus avancés, les symptômes sont plus francs et prononcés : douleur d'estomac, amaigrissement au niveau du ventre ou inversement gonflement significatif du ventre, signes d'anémie (fatigue, pâleur…), etc. Et à un stade encore plus avancé : coloration noire des selles en raison d'une hémorragie de l'estomac, vomissements, perte de poids inexpliquée, jaunisse, ascite (accumulation de liquides dans l'abdomen) et difficultés à avaler (dysphagie). Encore une fois, l'important est de consulter au moindre doute. Comme pour tout cancer et toute autre maladie, plus la prise en charge est précoce, mieux c'est ! Cette règle est d'autant plus valable au regard du cancer de l'estomac qui s'accompagne, au début, de très peu de signes visibles. Quels sont les examens de diagnostic ? Un examen clinique complet : le médecin peut notamment déceler à la palpation une masse au niveau de l'estomac, des ganglions gonflés sous la clavicule gauche ou des gonflements au niveau du foie. Un bilan sanguin afin de dépister une éventuelle anémie susceptible d'accompagner le cancer de l'estomac. Mais surtout, une endoscopie de la partie haute du système digestif (fibroscopie gastrique) : cet examen permet de faire des prélèvements (biopsies) confirmant l'aspect cancéreux. Un scanner enfin permet d'explorer l'étendue du cancer et les éventuelles métastases. Parfois encore on recourt à une cœlioscopie exploratrice, voire à une exploration hépatique (IRM). I. E.
CANCER DE LA PEAU EN
ALGÉRIE – Les spécialistes tirent la sonnette d’alarme
Si l’été rime avec
mer, il est aussi synonyme de danger aussi grand qu’insidieux. Malgré des
campagnes de prévention, les effets indésirables d’une exposition prolongée au
soleil ne sont toujours pas «pris au sérieux» par des millions d’estivants,
loin de s’imaginer les dégâts incommensurables des rayons solaires.
En effet, ces mêmes rayons sont responsables, entre
autres, du vieillissement prématuré de la peau, des fameux coups de soleil, à
divers degrés, des allergies, des insolations plus ou moins violentes et
surtout plus graves, des cancers de la peau.
Une forme de cancer peu connue, mais qui continue à progresser parmi la
population, puisque en Algérie, les données du registre des tumeurs du centre
anticancéreux Pierre et Marie Curie (CPMC) révèlent 1.005 cas de cancer de la
peau parmi le nombre total des cancers diagnostiqués, qui s’élève à plus de
30.000 cas enregistrés chaque année à l’échelle nationale.
Ce type de cancer est en augmentation et, d’après les estimations de
l’Organisation mondiale de la santé (OMS), deux à trois millions de cas bénins
de cancer de la peau et environ 132.000 mélanomes malins se déclarent chaque
année dans le monde.
Une diminution de 10% de l’ozone stratosphérique entraînerait l’apparition de
300.000 cancers de la peau bénins et 4.500 mélanomes malins supplémentaires
dans le monde. Des études épidémiologiques effectuées au Maghreb ont révélé une
prévalence de ce cancer de l’ordre de 10 à 15% par rapport aux années
précédentes.
Ainsi et comme premiers gestes préventifs, la consommation réfléchie des
ultraviolets. Car, selon des dermatologues, les premiers responsables du mal
sont les rayons ultraviolets B ou UVB, dont les effets nuisibles peuvent aller
de la pigmentation au cancer de la peau. Mais l’on sait également depuis
quelque temps que les UVA, à l’origine des coups de soleil, sont tout aussi
nocifs : ils viennent aggraver les dégâts causés par les UVB.
L’exposition des gens au soleil est ainsi désignée comme la principale cause de
l’augmentation des taux de cancer de la peau enregistrés au cours des dernières
décennies.
Beaucoup de gens, par ignorance des risques, sacrifient les recommandations les
plus primaires à un caprice de bronzage qui peut s’avérer à la longue mortel.
Mais le bronzage n’est que le signe de lésions causées par les UV et représente
le système de défense de la peau pour éviter des lésions plus importantes, qui
peuvent amener jusqu’à un cancer de la peau, un cancer à plusieurs visages,
dont les trois types les plus fréquents sont le carcinome basocellulaire, le
carcinome spinocellulaire et le mélanome. Pour éviter tout risque lié au
soleil, il est recommandé d’éviter de s’exposer pendant les heures de la
journée où le soleil est le plus haut, entre 10 heures et 16 heure, lorsque ses
rayons sont les plus ardents.
Dans le cadre de la Journée mondiale de la population, une journée d’étude a été organisée au niveau de l’institut technique de la santé publique d’Oran.
L’on saura, ainsi, que les infrastructures mises en place par la direction de la santé d’Oran destinées à la lutte contre le cancer viennent d’être renforcées avec l’ouverture du nouveau centre de référence spécialisé dans le dépistage précoce du cancer, installé au centre-ville d’Oran, opérationnel depuis un mois. D’après le docteur Fateh Azzedine, médecin responsable de cette nouvelle structure, ce centre a pour principale mission la protection des mères et de leurs enfants de tout ce qui peut menacer leur santé, notamment le cancer. Selon ce même responsable, ce nouveau centre, placé sous la tutelle de la DSP (direction de la santé et de la population) et du ministère de la Santé, aura également pour mission un accompagnement permanent des patientes, et ce, jusqu’après l’âge de la ménopause, une manière de les assister afin de diminuer les effets indésirables qui peuvent apparaître chez certains sujets, à cette phase «critique» d’âge, en cas de négligence de certaines règles élémentaires d’hygiène de vie ou de mauvais suivi médical (fragilité des os, cancer de l’utérus, bouffées de chaleur…). Ce centre, poursuit le Dr Fateh, est actuellement le seul à posséder des appareillages capables de réaliser des mammographies ou de faire des prélèvements sur les organes soupçonnés cancéreux. Par la suite, c’est au niveau du laboratoire d’analyses du même centre, que des examens sont effectués dans le but de réaliser un dépistage précoce des lésions cancéreuses. Ces appareils, au nombre de sept, non encore mis en marche, placés également au niveau des unités reliées de dépistage, permettront, lors de leur mise en service, à l’équipe soignante de prendre les dispositions thérapeutiques précoces et nécessaires qui, selon le Dr Fateh, peuvent donner de très bons résultats dans la majorité des cas : guérison totale pour les patientes souffrantes du cancer de l’utérus et une amélioration sensible de la qualité de vie et de la longévité des patientes touchées par le cancer du sein. Ce médecin responsable, qui nous a déclaré que 1 400 examens médicaux ont été effectués au niveau des différentes structures sanitaires installées dans la wilaya d’Oran, nous a souligné que le nombre des femmes souffrant de divers types de cancer, au niveau d’Oran, est alarmant, sans pour autant nous fournir de chiffres. En marge de cette journée d’étude, le directeur de la santé d’Oran nous a annoncé que les travaux de réalisation de deux nouvelles annexes du SAMU seront prochainement lancés, l’une à Aïn-El-Turc et l’autre à El-Mouhgane. Selon ce responsable, qui projette la publication de l’avis d’appel d’offres de ce projet au courant du mois de juillet, ces deux nouvelles structures seront opérationnelles le mois de septembre. Ben Aziz
Cancer de la prostate : 1.500 nouveaux cas chaque année en Algérie
Quelque 1.500 personnes seront touchées, chaque
année, par le cancer de la prostate en Algérie, a estimé samedi à
Alger le professeur Anissa Bouhadef, chef de service anatomie pathologie
à l’Institut Pasteur
d’Alger.
« Les projections effectuées pour l’Algérie et le Maroc estiment la
survenue de 1.500 nouveaux cas par an dans chaque pays », a indiqué
la spécialiste lors de son intervention à la 6ème édition des Journées de
la société maghrébine de
pathologie.
Le cancer de la prostate, 3e cancer masculin dans le monde, est en
fait le 1er des pays développés (36% rien qu’aux USA), a-t-elle dit,
relevant qu’il représente 10% de tous les cancers masculins au Maghreb,
classé ainsi au 3e rang
mondial.
La spécialiste, qui s’appuyait notamment sur des données de registres
maghrébins, a noté que l’incidence par tranche d’âge met en évidence des
taux « très élevés » à 70 ans et plus, atteignant « près de
727 aux USA et 211 en 2007 en
Algérie ».
« Mais si en Amérique, 70% des cas sont observés à partir de 80 ans,
les hommes africains seraient plus exposés déjà à 50 ansé, a dit le
professeur devant une assistance composée notamment de spécialistes
algériens, marocains et
tunisiens.
Le taux de survie à 5 ans est élevé dans les pays développés (91% aux
USA, 74% en France), alors qu’il chute à 21% en Algérie au même titre que
le Brésil et l’Europe de l’Est, a-t-elle
regretté.
Aussi, elle a souligné l’impératif de tirer la sonnette d’alarme et de
préconiser une « bonne stratégie » de dépistage précoce pour réduire la
mortalité par le cancer de la prostate au Maghreb, relevant que le
cadmium et les pesticides ainsi que les graisses et l’alcool augmentent
le facteur de risque et que les fruits, les légumes et autre thé vert le
diminuent.
Mme Bouhadef a appelé, à cette occasion, à créer d’autres services de
radiothérapie en Algérie pour renforcer celui de Blida « qui n’arrive plus
à prendre en charge tous les
patients ».
Des recommandations de bonne pratique pour le diagnostique sur biopsies
prostatiques et sur pièce opératoire, la prise en charge du cancer de la
prostate en oncologie médicale figurent au menu de cette conférence de
deux jours qui prévoit pouraujourd’hui un atelier sur la pathologie
tumorale de l’endomètre.
lutte contre le cancer du sein – Plaidoyer pour le dépistage précoce
Par Amel Bouakba
Les cancers se guérissent de mieux en mieux et les chances de survie sont de plus en plus importantes. Plus le cancer est détecté tôt, mieux il est pris en charge. C’est le cas du cancer du sein, premier cancer qui concerne les femmes et dont on dénombre chaque année entre 5 000 et 7 000 nouveaux cas en Algérie. Parce que le dépistage permet de traiter le cancer du sein à temps et de réduire le taux de mortalité, l’association de solidarité avec les personnes atteintes de cancer, Nour Doha, incite, à l’occasion du mois mondial de la lutte contre le cancer du sein, les femmes à partir de 45 ans à se faire examiner régulièrement. Hier, la présidente de Nour Doha, Samia Gasmi, et le professeur Dilem, président du conseil scientifique de l’association, ont ardemment appelé, lors d’une conférence de presse tenue à la maison de la presse du 1er Mai, à la mobilisation pour contrecarrer cette maladie et lancé un appel pressant pour encourager son dépistage précoce. L’occasion est on ne peut plus propice, en ce mois d’octobre, mois mondial du cancer du sein, et qui voit se multiplier les actions d’information sur ce fléau ravageur. Selon la présidente de Nour Doha, «ce mois sera dédié à la sensibilisation des femmes, car le dépistage demeure la meilleure prévention de cette maladie». «Alors qu’en France, le cancer du sein touche les femmes de 55 ans en moyenne, cette maladie concerne chez nous les femmes à partir de 45-46 ans», dira le professeur Dilem. Il dira que les statistiques restent peu fiables, car on ne dispose pas encore de registre de cancer : «Nous avons ce qu’on appelle le vagabondage des malades, par exemple un patient inscrit à Djelfa viendra à Alger pour se faire soigner. Il y a aussi les malades qu’on traite et qu’on perd de vue»
Face à l’absence de structures spécialisées, des malades issus des quatre coins du pays affluent vers Alger, le CPMC se retrouve ainsi débordé et le personnel dépassé. C’est dire le calvaire que vivent les malades cancéreux. S’agissant du cancer du sein, le professeur Dilem dira qu’il y a 10 à 20 ans, il se plaçait en 2ème position après celui du col de l’utérus alors qu’aujourd’hui il a grimpé à la 1re place. Et pour cause, la contraception (au-delà de dix ans), l’abandon d’allaitement, le cholestérol, l’obésité sont autant de facteurs incriminés. L’adoption d’un mode de vie sain, notamment grâce à une alimentation privilégiant les fruits et légumes et l’exercice, est assurément recommandée par les spécialistes pour prévenir contre les cancers. En dépit de l’évolution de la maladie, le professeur Dilem reconnaît que globalement les femmes atteintes de cancer du sein sont mieux prises en charge dans notre pays. Il fera part des avancées réalisées en matière de traitement et de prise en charge, citant à ce propos le travail d’un éminent spécialiste, en l’occurrence le professeur Bendib, qui lutte de manière acharnée depuis des années contre cette maladie. Evoquant les lacunes en matière de prise en charge, Mme Gasmi abordera le problème de mammographes en panne, c’est le cas de celui d’Oran notamment. D’autres préoccupations sont soulevées comme l’accès à la radiothérapie. Par ailleurs, Mme Gasmi a insisté sur l’intérêt du dépistage précoce, elle a souhaité la mise en vigueur prochaine des instructions du président Bouteflika et des mesures annoncées par le ministère du Travail concernant le dépistage gratuit et obligatoire du cancer du sein pour les femmes affiliées à la CNAS. «La caisse des assurés sociaux compte créer d’ici à 2009 des annexes pour le dépistage gratuit et obligatoire des femmes», a-t-elle indiqué. Elle a par ailleurs appelé les entreprises à mettre en place des mammographes au profit de leurs employées pour permettre de dépister la maladie à un stade précoce. Une initiative qui a, rappelle-t-elle, déjà été prise par la Sonatrach et qui gagnerait à être élargie.
LEUCÉMIE LYMPHOÏDE CHRONIQUE – Plus de 2 000 cas en Algérie
Plus de 2 000 cas de leucémie lymphoïde chronique sont recensés en Algérie. Plus de 50 % des personnes qui se présentent aux services hématologie sont à un stade avancé de la maladie. C’est le constat dressé par le professeur Boudjera, présidente du Comite national d’hématologie, lors d’une rencontre scientifique. Wassila Z. – Alger (Le Soir) – Communément appelée la LLC dans le monde des hématologues, la leucémie lymphoïde chronique reste peu connue en Algérie. Ce cancer du sang était au centre de l’intérêt d’une rencontre scientifique organisée mercredi à Alger par le laboratoire allemand Bayer Schering Pharma. Regroupant tous les hématologues de la région centre du pays, cette manifestation scientifique a été encadrée par le professeur Bruno Cazin du centre hospitalio-universitaire de Lille France. Il faut signaler que cette pathologie rare touche de façon préférentielle les personnes âgées. Plusieurs études ont révélé que le pic de fréquence se situe à l’âge de 65 ans. Cependant, l’homme est deux fois plus exposé à cette maladie que la femme. Quant à l’évolution de la maladie, elle est souvent très variable, parfois très lente. Les malades ont souvent la même durée de vie que la population du même âge. Evoquant la maladie, le professeur Cazin dira qu’il peut exister une hérédité familiale, et qu’en dehors de quelques cas familiaux, on ne connaît pas de facteurs favorisant le déclenchement de la maladie. Pour la fréquence de cette maladie, le conférencier dira qu’elle est estimée à 30 nouveaux cas pour 100 000 habitants. Celle-ci est rare avant 40 ans et augmente de fréquence vers 80 ans. C’est souvent lors d’un examen systématique du sang d’un sujet de la soixantaine en bon état général qu’on note à l’hémogramme une élévation des globules blancs, les lymphocytes. L’examen est normal ou peut montrer des ganglions superficiels bilatéraux et symétriques, parfois une grosse rate. Il est alors peu fréquent de constater une anémie, une baisse des plaquettes. Elle est caractérisée par la présence dans le sang de lymphocytes B en excès, proches de leurs équivalents lymphocytes B normaux, les précurseurs des plasmocytes, qui sécrètent les anticorps ou immunoglobuline (Ig). La durée de vie médiane dépasse 10-12 ans pour les patients à plaquettes de classes A, elle est de 5-7 ans et 1-3 ans pour ceux des stades B et C. Plusieurs maladies et infections bactériennes relatives accompagnent cette pathologie. Les hématologues ne cessent de fournir des efforts pour trouver des traitements efficients, qui soulagent la maladie et augmentent l’espérance de vie. Dans cette visée, le spécialiste français a présenté une communication sur la fludarabine dans le traitement de la leucémie lymphoïde chronique. Il s’agit d’une molécule découverte en 1980. Selon le conférencier, le traitement en question donnerait de très bons résultats. Cette «avancée» serait le résultat d’une étude franco-allemande étalée sur dix ans. L’utilisation permettrait «la disparition de tous les symptômes comme la transpiration ou la fièvre nocturne. Cela permet également l’infiltration croissante de la moelle osseuse et augmente de deux ans la survie des patients». Enfin, il est important de savoir que cette maladie est souvent diagnostiquée tardivement, réduisant ainsi les chances de survie. W. Z.
En tant que professionnel de la santé et expert en matière de cancer, je souhaiterais réagir à ce que la presse algérienne a publié il y a deux semaines sur la situation du cancer en Algérie, notamment après des déclarations de professionnels de la santé en Algérie reprises par l’APS.
Cette fièvre de communications à coups d’interviews, déclarations, synthèses, forums vient après la publication d’une grande étude publiée dans l’un des plus grands journaux dans le domaine du cancer. La revue en question est le célèbre journal The Lancet Oncology publiée le jeudi 17 juillet 2008. Et le titre de l’article de l’étude en question est : « Cancer survival in five continents , a worldwide population-based study (CONCORD) ». Son auteur est le professeur Michel P. Coleman. Cette enquête conduite par Michel P. Coleman du London School of Hygiene and Tropical Medicine a porté sur 1,9 million de personnes de 31 pays : plus d’une vingtaine de pays d’Europe, les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, le Japon, le Brésil, Cuba et un seul pays africain : l’Algérie. Cette étude dénommée « Concorde », a démarré en 1990 et s’est terminée en 1999.
Les chiffres rapportés par cet article ont fait l’objet d’émissions de télévision en Occident et d’articles sur différents journaux aussi bien étrangers que nationaux. Tous ces médias ont rapporté que les taux de survie à 5 ans les plus bas sont retrouvés en Algérie (entre 11,4% de survie à 5 ans pour le cancer du côlon et 38,8% pour le cancer du sein). Quelques questions s’imposent : Pourquoi le chercheur s’est-il adressé et a obtenu des chiffres à Sétif mais pas ailleurs ? Dans un forum sur internet, le professeur Labri Abid, répondait : « En Afrique, l’Algérie est l’un des rares pays disposant de registres du cancer (plus d’une dizaine), dont 3 sont validés par l’Union Internationale des Registres du Cancer. Les deux premiers registres du cancer (ceux d’Alger et de Sétif) ont même reçu la visite, en 1989, du Dr Michel P. Coleman, auteur de cet article.
Par ailleurs, parmi les registres du cancer des pays en voie de développement, le registre du cancer de Sétif est l’un des rares à avoir donné (pendant une période) les résultats du traitement, c’est-à-dire une estimation du taux de survie à 5 ans par localisation néoplasique(épidémiologie interventionnelle). Le registre du cancer de Sétif a été fondé en janvier 1989 en collaboration avec le Centre international de recherche sur le cancer. Le registre est rattaché à l’unité Information sanitaire et biostatistique du service d’épidémiologie et de médecine préventive, à l’hôpital Mère-Enfant du C.H.U. de Sétif. Les informations sont stockées dans un disque de l’ordinateur avec une sauvegarde hebdomadaire des données sur disquettes. Le registre de Sétif utilise la nouvelle version de CANREG, élaborée par l’unité d’épidémiologie descriptive du centre international de recherche sur le cancer de Lyon. » Dans un forum sur internet, à la question, pourquoi des taux de survie aussi bas pour l’Algérie ?
Le professeur Labri Abid répondait : « D’une manière générale, les taux de survie reflètent les différences dans l’accès au diagnostic et au traitement, ainsi que les investissements dans le domaine de la santé d’un pays à l’autre. L’Algérie, avec un taux de dépenses de santé (DS) avoisinant les 100 dollars/habitant/an, ne peut avoir le niveau de santé des Etats-Unis qui ont un taux de DS supérieur à 5000 dollars/habitant/an ou des pays d’Europe occidentale dont le taux de DS est aux alentours de 3000 dollars/habitant/an. Cela n’est malheureusement pas toujours le cas et nos quotidiens se font régulièrement l’écho de rupture de stocks de médicaments d’une manière générale et, plus particulièrement, de médicaments dédiés à l’oncologie. De même, les centres de radiothérapie sont, jusqu’à ce jour, au nombre de 5 à travers le pays ne pouvant prendre en charge l’ensemble des malades nécessitant une radiothérapie.
Avec un traitement incomplet ou non réalisé à temps, on ne peut évidemment pas espérer avoir les taux de survie retrouvés dans les pays où les différentes phases du traitement sont respectées. » Ces déclarations sont confirmées, depuis des années, par les cancéreux algériens qui lancent un véritable cri de détresse. Manque de structures sanitaires, coût exorbitant de certains médicaments, rupture de stocks et pénurie d’autres produits anticancer, conditions sociales précaires sont autant de problèmes face auxquels sont confrontés au quotidien les malades atteints de cancer dans notre pays. A ce sujet, Mme Rabhi, présidente de l’association El Fedjr d’aide aux personnes cancéreuses, dresse un tableau très sombre de la situation des cancéreux en Algérie, qui relève un manque criant en matière de prise en charge.
S’exprimant sur les conditions de l’accompagnement médical des cancéreux en Algérie, elle déclare : « Nous sommes submergés par les cris de détresse des malades. » Par ailleurs, face à la situation dramatique des cancéreux en Algérie, Mme Rabhi met en exergue « le manque de moyens matériels et de ressources humaines au niveau des petites structures existantes dans les quelques régions à l’intérieur du pays qui ne peuvent, souligne-t-elle, aucunement répondre à la demande des malades vu le manque de moyens et l’absence surtout de service de radiothérapie. Pour remédier à cette situation, les médecins spécialistes et les militants associatifs engagés dans la lutte contre le cancer appellent en urgence à l’ouverture de grands centres sanitaires anticancer dans les grandes wilayas, et ce, afin d’épargner au malade le pénible et coûteux trajet, ainsi que la prise en charge sociale du malade au niveau de l’hôpital.
Mais en attendant un sursaut de la part de l’Etat, les cancéreux algériens demeurent, face à leur mal-être, livrés à eux-mêmes… » Après ce survol des circonstances de mon intervention, je commenterais tout juste les déclarations faites par le Pr K. Bouzid, dans une interview, à la question : Une étude britannique rendue publique a expliqué que le taux de survie des cancéreux en Algérie est faible, comparativement aux Etats-Unis, le Canada, le Japon et d’autres pays européens. Etes-vous de cet avis ? Sa réponse fut : « Je suis au courant de cette information… Il n’y a également pas eu d’enquête sur la mortalité par cancer ni à Alger, ni à Oran, ni à Constantine. Par exemple, la survie à 5 ans pour le cancer du côlon dans mon service, tous stades confondus, est de 50%. Pour le cancer du sein chez la femme algérienne, la survie est de 70% à 5 ans et de 60% à 10 ans. »
A la question : Quel est le taux de survie des cancers en Algérie ? Sa réponse fut : « Il n’y a pas de chiffres fiables pour le moment. Cela est dû au manque d’études et d’enquêtes. » Réponse plus raisonnable contrastant avec la réponse à la première question : « On avancera les chiffres que le professeur avance lorsqu’on aura un vrai dossier médical, un bon suivi, une base de données reprenant tous les détails et il n’y a qu’une façon pour être fiable, une étude basée sur les données du dossier médical individuel du patient. » A la question : Existe-t-il des chances de guérison totale pour certains cas ? Sa réponse fut : « Bien évidemment. On guérit certains cancers. J’affirme que les cancers les plus fréquents en Algérie sont guérissables à 100%. » Peut-on vraiment affirmer cela pour le cancer du sein, du col de l’utérus, du cavum, du côlon, de la prostate parmi les plus fréquents cancers en Algérie ? « Une survie de 100% n’existe pas pour n’importe quelle localisation, même au stade précoce, ce n’est juste pas possible.
Aucun auteur n’a jamais publié ces chiffres. A une seule exception, ne jamais avoir le cancer. » A la question : Pourriez-vous nous avancer quelques nouveaux chiffres concernant le cancer en Algérie ? Sa réponse fut : « En nous référant aux derniers recensements 2008, on enregistre 35 000 nouveaux cas par an. Ces chiffres représentent les nouveaux cas recrutés par les centres de cancer, ce qui est complètement différent de ce qui ressortira d’un vrai registre recensant l’incidence annuelle (nombre de nouveaux cas) dans une population donnée. » A la question : Pourquoi ressent-on une certaine cancérophobie chez l’Algérien ? Sa réponse fut : « L’Algérien est peu et très mal informé sur le cancer. Il y a, d’abord, l’absence d’un plan national de lutte contre le cancer. Cela, malgré les demandes des soignants et de la population.
S’ils étaient suffisamment informés, les Algériens auraient moins de phobie. Cette phobie ne devrait pas avoir lieu. La maladie est traitable et curable. Le cancer n’est plus cette maladie qu’on a connue il y a trente ans. A mon sens, la phobie s’explique par le fait que l’Algérien sait que s’il a le cancer, il ne trouvera ni les structures ni l’équipe soignante qui va l’écouter, le rassurer, le soigner et l’accompagner. » A la question : Les patients dénoncent la mauvaise prise en charge due au manque d’infrastructures, de spécialistes et autres. Etes-vous de cet avis ? Sa réponse fut : « Oui. Les centres de traitement sont largement insuffisants… Il ne suffit pas de construire des bâtisses qui ne fonctionneront pas. Certes, nous formons, mes collègues et moi, des radiothérapeutes. On forme les chirurgiens.
Mais, nous avons un manque dans le paramédical. Comment peut-on alors prétendre qu’en Algérie, on a les mêmes chances de guérison que dans d’autres pays, comme la France, les États-Unis… ? Sachant qu’en France et en Europe, il faut 5 machines de radiothérapie (accélérateur linéaire) pour 1 million de population, il en faut 200 en Algérie, on n’en a que 10 ! Toutes des machines obsolètes ne permettant qu’une radiothérapie de niveau 1, au maximum niveau 2 dans certains cas (il existe 5 niveaux). Rien qu’au vu de ces chiffres, on comprend aisément que nos chiffres de mortalité sont des plus décevants dans le monde puisqu’une très grande partie des malades meurt sans même avoir eu accès à un centre disposant de radiothérapie et d’une vraie expertise en la matière.
Ce n’est pas en disposant de certaines molécules de chimiothérapie (smart ou non) et d’hormonothérapie qu’on pourra être sur un pied d’égalité avec les pays développés en matière de qualité de soins. Après une recherche sur internet, j’ai lu des déclarations bien plus réalistes, plus raisonnables, mieux pondérées. Le Pr Larbi Abid, chirurgien en oncologie à l’établissement hospitalier de Bologhine, a souligné que l’Algérie est l’un des rares pays africains disposant de registres des cancers (plus de 10), dont trois sont validés par l’Union internationale des registres de cancer. A ce propos, il a précisé que la plupart des malades sont pris en charge au niveau du CPMC, car les autres centres hospitaliers du pays ne disposent pas de chimiothérapie ni de radiothérapie. »
« Le taux de survie des cancéreux en Algérie reflète les différences dans l’accès au diagnostic et au traitement, ainsi que les investissements dans le domaine de la santé d’un pays à l’autre. Le malade algérien est souvent victime des ruptures de stocks de médicaments, et les 5 centres de radiothérapie du pays ne peuvent prendre en charge l’ensemble des malades nécessitant une radiothérapie », relève le Pr Abid. Avec un traitement incomplet et non réalisé à temps, on ne peut espérer avoir le taux de survie retrouvé dans les pays développés. On lisait dans le Quotidien d’Oran, il y a 2 semaines : L’Algérie et les pays occidentaux sont sur le même pied d’égalité dans le traitement de tous les cancers ???
Ceci est sûrement une boutade, qui va croire cela ?, comment va-t-on nous prendre au sérieux ? ! Comment peut-on être sur le même pied d’égalité, alors que nous ne dépensons pas le même pourcentage de PIB pour la santé que la France ou les Etats-Unis ? Comment peut-on être sur le même pied d’égalité, alors que nous ne possédons pas les mêmes moyens technologiques, le même niveau d’expertise, les mêmes structures, la même formation médicale et paramédical ? Comment pouvons-nous avoir le même traitement, alors même que nos hôpitaux manquent de tout et sont désertés par les professionnels de santé qui sont exceptionnellement au chevet de leurs malades ? Dire que les moyens de traitements sont les mêmes en citant, les méthodes thérapeutiques et sans donner de précisions et que l’on n’a rien à envier aux américains et français, c’est :
1. admettre que pour le côté chirurgical, on a le même niveau d’expertise, assez de chirurgiens compétents en oncologie, pour toutes les spécialités
2. admettre que pour la radiothérapie, on a assez de centres, assez de machines, assez de médecins qualifiés, techniciens, physiciens, d’ingénieurs, des protocoles en place, des techniques innovatrices, des traitements de précision comme IMRT, IGRT, SIB…Tomotherapy, Cyberknife, Gammaknife, radiothérapie Robotique…
3. admettre que pour la chimiothérapie, on a toutes les molécules, des protocoles en place, administration par toutes les voies ; veineuses, artérielles, intra-péritonéales, en chronothérapie, par chambre implantable, protocole complet à temps et à intervalle régulier. Qui parmi les professionnels de santé aujourd’hui va croire ce non-sens ? Qui va croire que nos taux de survie sont les mêmes que ceux des pays développés ? Si toutes les déclarations faites par les professionnels de la santé après la publication de l’article au Lancet Oncology ne sont que politiques distantes de la réalité quotidienne vécue par nos pauvres malades, la solution à leur problème ne va pas voir le jour dans l’immédiat.
Pour conclure, il y a un vrai problème dans la prise en charge du malade cancéreux en Algérie, trois parties se partagent les responsabilités :
1. Les autorités de tutelle qui tardent à mettre en route le plan cancer en Algérie doté de tous les moyens scientifiques, financiers, humains… proposé par la communauté médicale
2. Les autorités locales (wilayas, directeurs d’hôpitaux, chefs de département) qui ne font rien pour retenir le médecin au chevet de son malade et assurer une prise en charge à temps plein autour du malade depuis le diagnostic jusqu’à la guérison ou le décès dans la dignité.
3. Le personnel soignant, médical et paramédical : * qui doit acquérir l’expertise nécessaire, selon les standards internationaux chacun dans son domaine respectif par de vrais programmes de formation et de remise à niveau. * être plus humain et plus près du malade en renforçant cette fameuse relation médecin-malade basée sur le consentement éclairé, la confiance et le respect mutuel. Au passage, je salue le professeur Soltane Ameur, président de la Société algérienne de chirurgie thoracique qui répondait le 6 février 2006 à la question : Que peut-on attendre d’un plan national de lutte contre le cancer ?
« L’objectif essentiel d’un plan national de lutte contre le cancer est de réduire la mortalité et la morbidité cancéreuses, tout en améliorant la qualité de vie des populations visées par la mise en œuvre systématique et équitable de stratégies de prévention, de détection précoce, de diagnostic, de traitement et de soins palliatifs reposant sur des données concrètes en tirant le meilleur parti possible des ressources disponibles. Il est évident que ces structures en charge de la mise en application du plan cancer ne peuvent être des structures de soins, même si elles doivent être dirigées par des professionnels du domaine. Ces structures devront, entre autres, avoir pour missions : - d’initier et de soutenir la politique nationale en cancérologie, en luttant contre l’émiettement de l’information et des responsabilités qui existent dans le domaine de l’oncologie ; - de déterminer les bonnes pratiques professionnelles, en s’assurant que le patient sera pris en charge de façon pluridisciplinaire, en facilitant la coordination au plan local. Elles s’attacheront également à renforcer les équipes et à moderniser les équipements ; - d’impulser et de coordonner la lutte contre le cancer : en orientant la politique de soins, en étant une tête de réseau pour la recherche ; - de coordonner sur le terrain les différentes actions prévues par le plan de lutte contre le cancer et de mobiliser toutes les énergies humaines nécessaires à la concrétisation de ces actions ; - d’évaluer l’ensemble de ces actions et leur imaginer des correctifs et travailler à trouver les ressources humaines et matérielles nécessaires à la réalisation des différents objectifs de ce plan ; Dans le domaine des soins, elles auront pour objectif principal : - de mettre en œuvre les conditions au sein du système de santé d’un accès égal, pour tous les malades, à des soins de qualité conformes aux référentiels de pratiques cliniques existants et maximisant les chances de guérison ; - de définir les référentiels de bonnes pratiques et de prise en charge en cancérologie et les critères d’agrément des établissements et des professionnels pratiquant la cancérologie ; - de participer à la mise en place et à la validation d’actions de formation continue des médecins et des paramédicaux ; - de développer la coopération internationale en relation avec les autres institutions concernées par ces problèmes ; - de mettre en œuvre, de financer et de coordonner des actions de recherche, en liaison avec les organismes publics de recherche et les associations caritatives concernées. - et, de faire mieux reconnaître la notion de consentement éclairée (les patients devant être entièrement informés des objectifs, des risques et des avantages de tout essai clinique), développer et suivre des actions publiques et privées dans les domaines de la prévention, de l’épidémiologie, du dépistage, de la recherche, de l’enseignement, des soins et de l’évaluation.
De telles réflexions peuvent paraître utopiques, pourtant si l’on veut être en mesure de diminuer la mortalité et les souffrances liées aux différents cancers dans les années à venir, il est nécessaire d’être audacieux et de se donner les moyens non seulement humains et matériels, mais aussi institutionnels. L’idéal serait que les structures en charge du plan de lutte contre le cancer soient assises sur un socle législatif solide pour leur permettre non seulement de travailler dans la sérénité, mais aussi d’avoir la visibilité nécessaire, car s’installer dans la durée est une nécessité si l’on veut que ce plan soit efficace.
Pour cela, il est absolument nécessaire d’engager une véritable réflexion si on veut enfanter d’un plan efficace et pérenne. » Pour finir, je dirais que l’on se doit, en tant que professionnel de la santé, d’être au service de nos malades, d’être à l’écoute de leurs souffrances et de ne servir que leurs intérêts, loin de toutes déclarations politiciennes. Il s’agit aussi de travailler en collaboration étroite avec les associations d’aide aux malades pour lutte et traiter cette terrible maladie.